La VANLIFE - Est-ce viable à long terme?

Le terme « nomade » est à la mode ces temps-ci. Le film primé aux Oscars est Nomadland, l’histoire à la fois triste et belle d’une veuve qui, après avoir perdu époux, emploi et maison, décide de prendre la route dans la vieille van que son mari avait sommairement aménagée. On ne compte plus les pages Facebook et murs Instagram sur le thème de la vanlife, du nomadisme digital ou du road trip. Même à la télévision, il y a une publicité qui met en scène une jeune et belle nomade en plein contrôle de ses dépenses grâce à Interac…


« Au départ, je cherchais un peu plus de liberté, vivre des expériences à l’étranger, changer mon mode de vie. On consommait beaucoup, on allait beaucoup au restaurant, on n’était pas actifs, on restait à la maison, j’essayais de changer ça »

MariePier Bastien, Vanlife Sagas


Vous reconnaissez-vous dans cette citation de MariePier, du couple de Vanlife Sagas ? On les a interviewés en avril 2020. La liberté, ou l’idée qu’on s’en fait, est en effet la grande motivation pour devenir nomade. Être plus actif, mieux manger, bouger, vivre dehors et profiter de la nature sont aussi des idéaux que plusieurs vanlifers poursuivent.



Karolina Krupa, la conjointe de Julien Roussin de Go-Van, a également senti le besoin de transformer sa vie dans ce sens-là. Lors d’une autre entrevue qu’on a mise en vidéo, elle nous a expliqué pourquoi elle a voulu quitter sa vie sédentaire. Représentante des ventes d’une grande entreprise pendant 7 ans, « Karo Corpo » comme elle se décrit elle-même à la blague, s’est rendu compte que cette vie-là ne la rejoignait plus. Elle avait besoin d’aventures.


Elle a d’abord tenté l’expérience quelques mois à la fois en allant retrouver Julien en Californie. Il vit à temps plein dans sa van Safari Condo depuis plus de 5 ans. Ensuite, Karo a fait le grand saut : elle a quitté son emploi et son condo et rapatrié quelques affaires pour rejoindre définitivement son amoureux. Aujourd’hui, Karo ne voudrait rien changer : « À chaque fois qu’on part, j’ai l’étincelle ».



Dernièrement, on a repensé à notre ancienne maison, Vale et moi. On était bien installés avec une superbe vue sur le parc de la chute Montmorency, on avait un foyer, une piscine, une belle cour aménagée. Tout pour être heureux, non ?


Non. Un peu comme Karo, il nous manquait quelque chose. C’est ce qui nous a poussés à partir en 2016. Dans notre livre, on raconte ce qui nous a motivés à vouloir tout vendre et quitter la routine. Aujourd’hui, on travaille pour payer nos aventures. Les dépenses pour l’hypothèque, l’entretien de la maison et les taxes foncières ont changé de colonne : ce sont maintenant des nuitées de camping, de l’équipement pour notre VR et de l’essence pour parcourir la carte de l’Amérique.



On découvre doucement chaque endroit, on peut s’y attarder autant qu’on le désire et l’apprécier sous toutes ses coutures. Et si on part avant d’avoir fait le tour, on sait qu’à un moment donné, on repassera par là. Notre maison nous accompagne partout, on est en sécurité, dans nos affaires. On suit le soleil et on écoute notre cœur. C’est une vie riche, satisfaisante et excitante. Mais est-ce la vie parfaite ? Ça dépend…


« Pisser dans une bouteille de Gatorade la nuit parce qu’il fait -2 et dormir sur le bord de la route avec une gang de camionneurs ne score pas fort sur les réseaux sociaux »

Dominic Faucher, Vanlife Sagas


Avec cette déclaration, Dominic et MariePier voulaient un peu répondre aux gens qui leur disaient : « Oh wow, ça doit être malade, tu te réveilles en Californie, tu te fais des tacos sur le bord de la plage ». Oui, des fois c’est ça, nous a expliqué MariePier, « mais la réalité, c’est que des fois, ce n’est pas ça du tout. Deux nuits sur cinq, nos voisins, à gauche et à droite, ce sont des camionneurs ». Selon Dominic, « il y a beaucoup de choses que les gens ne savent pas, ou ne veulent pas savoir, quand ils regardent un wall parfait de photos de vans et de couchers de soleil ».



Pour devenir nomade pendant plus de quelques semaines, il faut d’abord et avant tout appréhender ce mode de vie de façon réaliste. Et selon moi, être nomade, ce n’est pas pour tout le monde, ça prend quelques aptitudes fondamentales. Je dis « aptitudes » et non pas « qualités » parce que toutes ces habiletés peuvent se développer au fil des voyages et des aventures.


La première chose, c’est qu’il faut être capable de vivre dans un petit espace et accepter de sacrifier son confort. C’est sûr qu’on peut devenir nomade en classe A hyper luxueux, mais pour la grande majorité, ce sera un VR compact. Alors, dites adieu à l’eau chaude à l’infini et au fauteuil confortable. Selon les saisons et les destinations, ce sera trop humide, trop chaud ou très froid à l’intérieur. Et si vous voyagez à deux, tout est amplifié : le manque d’espace, les besoins de solitude, l’absence totale d’intimité. Il faut que le couple soit fort avant de partir.


Quand on a une vie sédentaire, on ne se demande jamais : « Où vais-je dormir ce soir ? ». En fait, on se pose très peu de questions au quotidien. Quand on est nomade, c’est l’inverse. On doit prendre 1001 décisions et faire 1001 recherches chaque jour: un endroit pour dormir, une épicerie, une station de vidange, une buanderie. À moins d’être un hippie-bohème hors du système, il faut donc savoir s’organiser, s’équiper avec des applications cartographiques pour trouver les sites de camping ou de boondocking, s’informer, connaître et respecter la règlementation sur les durées de séjour, tant au Québec qu’aux États-Unis ou au Mexique. Il faut gérer nos finances toujours un peu changeantes et difficiles à prévoir, acheter des assurances adaptées à notre situation, s’occuper de nos rapports d’impôts à distance, etc.


On doit évidemment avoir une grande capacité d’adaptation. Un peu comme un caméléon, on doit prendre la couleur des communautés qu’on visite, s’intégrer et s’intéresser aux gens, à leur culture, leur religion, leurs façons de vivre, leur cuisine, etc. Il faut respecter et s’adapter à ces différences, les accueillir comme une richesse et une source d’apprentissage. D’ailleurs, nos plus beaux souvenirs de voyages ne sont pas les couchers de soleil et les beaux paysages, ce sont les gens qu’on a rencontrés et avec lesquels on a échangé et passé un peu de temps. Il ne faut surtout pas avoir peur, la vaste majorité des gens sont honnêtes. Comme Vale me dit souvent, le positif attire le positif.



Une autre aptitude essentielle pour devenir nomade, c’est la débrouillardise. Il y a toujours des contretemps, des choses qui brisent. Il faut développer ses connaissances et ses habiletés pour réparer son VR, être capable de créativité pour trouver des solutions, soigner nos petits bobos, se faire comprendre dans une autre langue que la nôtre, etc.


Il faut aussi être tolérant face à l’incertitude. Pour Florent Conti de Ma Vie en Van, qu’on a interviewé en avril 2020 pour cette capsule, il y a deux principales sources d’incertitudes pour un nomade comme lui : ne pas savoir où il dormira, surtout quand la question se pose à la dernière minute et que les options sont limitées, et la sécurité financière. Pour lui, travailler de façon autonome, se construire un coussin de sécurité, c’est une source de stress. Avec le temps, il a appris à vivre avec ces incertitudes et comme il nous l’a raconté : « Quand on part dans cette aventure-là, on ne se sait pas ce qui nous attend et, au fur et à mesure, on découvre des choses sur soi, sur ce qu’on veut. Une fois que tu commences cette vie-là, c’est dur de t’en départir. Ça t’a apporté tant de choses, pour la vie. Ça allume une petite flamme de liberté en toi ».



Quand on n’est ni retraité ni indépendant de fortune, ça prend une autre qualité pour devenir nomade : la discipline. Dans les campings, les parcs nationaux et les destinations touristiques, on est entourés de gens en vacances qui s’amusent. Il faut donc avoir une dose de motivation pour aller au bout de sa journée de travail. Et ce n’est pas toujours facile d’être performant quand on est isolé des collègues, du patron ou des partenaires.


Enfin, pour devenir nomade et vivre à temps plein, je crois qu’il faut être en mesure de tolérer l’imperfection. C’est une qualité qu’au départ, je n’avais pas du tout, je l’avoue! Quand j’étais sédentaire et que quelque chose brisait dans la maison ou sur mon véhicule, c’était réparé dans les 24 heures. J’aimais que tout soit parfait. Sur la route et dans un VR, il a y toujours quelque chose qui brise ou qui fonctionne mal, peu importe la qualité ou le prix payé pour le véhicule. Or c’est souvent long et compliqué pour obtenir des pièces de rechange. Durant notre première année de voyage, on a vécu plusieurs mois avec un chauffe-eau qui ne fonctionnait qu’une fois sur deux. Il faut s’y faire. Et s’y habituer.


« Même après cinq ans, je n’ai pas l’impression d’avoir tout vu. Je prends toujours des chemins différents. L’Amérique, c’est tellement vaste »

Julien Roussin, Go-Van


Durant notre entretien avec Julien et Karo de Go-Van, on s’est demandé si ce mode de vie est réaliste à long terme. Peut-on envisager être nomade pour la vie ? À un moment donné, a-t-on l’impression d’avoir tout vu ? Non, nous a répondu Julien « tu peux retourner à certains endroits, mais à différentes périodes de l’année et tu vois quelque chose de différent ».


Julien et Karo savent que, sans être nomades pour la vie, ils auront toujours une van et continueront de faire de longs road trips à travers le continent. À l’heure actuelle, ils sont en processus de construction d’un petit pied-à-terre au Québec (d’ailleur, vous pouvez suivre la construction de leur maison ici). Karo vient tout juste de tomber enceinte et avec un enfants, elle préfère un peu de stabilité. Valérie est de son avis.



C’est possible de vivre sur la route à temps plein avec des enfants. En quatre ans, on a croisé plusieurs familles avec des enfants de tous âges. En général, les jeunes sont allumés, super intelligents et plus avancés que les enfants qui vivent dans un contexte sédentaire, car ils ont expérimenté plus de choses et ont développé leur capacité d’adaptation. Mais en même temps, ils ont besoin de socialiser et d’avoir une stabilité dans leurs relations et dans leur cheminement scolaire. Alors pour Vale et moi aussi, la venue d’un enfant nous ferait repenser à ce mode de vie.


« Adventure is not everything »

Avant la pandémie, Dominic et MariePier, de Vanlife Sagas, avaient amorcé un voyage de six mois à travers l’Amérique pour produire un documentaire sur le nomadisme 2.0 : « Out of Office ».


La question de la durée de ce mode de vie était, justement, au cœur de ce documentaire : est-il possible d’envisager vivre de façon nomade pour plus que quelques années ? Brandon, une des personnes qu’ils ont eu le temps d’interviewer, leur a donné une réponse intéressante, et qui nous rejoint, Vale et moi : adventure is not everything. On peut partir un an, deux ans, trois ans et vivre 1001 aventures extraordinaires. Mais la réalité, c’est qu’on a aussi besoin de nos proches et de nos amis. Et comme le croit Dominic, « il faut réaliser soi-même à quel moment on a fait le tour de l’un et de l’autre et bâtir sa vie parfaite qui se trouvera sans doute entre ces deux extrêmes ».



Ça dépend de la situation de chacun, de son métier, de ses besoins sociaux et financiers (parce qu’il faut un plan financier, la vie nomade peut être abordable, mais elle n’est pas gratuite ! Allez voir ici pour une idée de ce que ça peut coûter. Pour nous, la règle d’un séjour annuel de 180 jours au Québec nous convient. Pendant une moitié de l’année, on voyage et pendant l’autre, on habite quand même dans notre VR, mais au Québec, près de nos familles et de nos amis.


C’est ça qui est beau dans ce mode de vie. Tout est modulable et flexible. Selon notre budget, nos désirs et les impératifs de la vie, on part et on revient. On aime un endroit, on y reste. On s’en lasse, on le quitte. Il n’y a pas d’absolu. Certaines années, on est longtemps partis. À d’autres périodes, on est près de chez nous et des nôtres durant de longs mois.


L’idée dans tout ça, c’est de trouver son équilibre. On n’est sans doute pas entièrement libres. La liberté totale en 2021, c’est un peu utopique. Mais avec notre façon de vivre, je crois qu’on ne pourrait pas en être plus proche.



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